Samedi 30 septembre 2006 6 30 /09 /Sep /2006 01:26

La vie à Tanger continue son cours. Je poursuis mon petit bonhomme de chemin. J’ai beaucoup d’amis ici maintenant. Ca va me faire de la peine de devoir les quitter bientôt, ils vont vraiment me manquer. Eh oui, le départ approche… Mais pour le moment je suis encore là, alors j’en profite un maximum !

 

Le soir je sors me promener avec eux sur la corniche. Pendant les mois de juillet et août, nous allions souvent assister aux concerts donnés sur la plage. Mais depuis quelques semaines, la scène a été enlevée, rentrée oblige... Pas grave, dans la rue ou sur la plage il y a toujours des jeunes avec des djembés qui chantent et qui dansent. Trop chouette cette ambiance !

 

Sinon nous allons souvent prendre un verre quelque part. Ici, entre un café et un café on trouve un autre café. Alors il y a le choix, on peut en faire un différent tous les jours si l’on veut ! C’est comme les téléboutiques ou les cybers.  Mais il y en a certains où l’on a nos habitudes : on y va souvent, on connaît les serveurs. On discute avec eux, on rigole. Parfois on sort se balader avec eux après leur service.

Un jour, l’ami d’un des serveurs est venu s’asseoir à notre table, pour discuter un peu avec nous. Il est né à Tanger et y a passé toute son enfance, avant de partir pour l’Angleterre. Mais il y revient chaque été. Alors il a assisté à toute l’évolution de la ville. Il parle du « Tanger d’autrefois » avec nostalgie et frénésie en même temps. Cet homme est issu d’une famille pauvre. Quand il était enfant, il n’avait rien. Alors il s’amusait avec tout et n’importe quoi. Faire des bêtises était son occupation première. Il nous les a décrites en détail, avec engouement, jubilation, entrain, exaltation. Un vrai one man show. Bien plus fort que tous les comiques que j’ai pu voir, même les meilleurs ! Aussi je ne ferai pas l’erreur de vous raconter ses histoires, ce serait le blasphémer…

 

De temps en temps je vais au hammam. Ce n’est pas que la chaleur manque en ville, mais là-bas c’est autre chose : je me fais masser, je me frotte jusqu’à enlever toute la peau morte qui couvre mon corps de 26 ans. Quand je sors de là je suis ailleurs : crevée, dans un état proche de l’ivresse, et surtout détendue. Si j’y vais le soir, la nuit je dors comme un bébé. Et au matin je me sens reposée comme si j’avais fait une cure de sommeil d’une semaine.

 

Depuis le mois d’août, en début de soirée, je donne des cours de français. J’ai deux groupes. Dans le premier, il n’y a que des enfants. Leur bagage en français est plutôt léger. Alors avec eux c’est trop drôle, pour me faire comprendre j’alterne entre de splendides dessins d’artistes, des mimes très expressifs, et mes quelques notions de dārija lmaghribiya (= dialecte marocain) avec mon accent magnifique. Mais ça passe ! On rigole bien, l’apprentissage se fait dans la bonne humeur. Pour l’autre groupe c’est moins compliqué : âgés de 17 à 20 ans, ils ont déjà un bon niveau. On travaille un peu la grammaire, mais surtout l’expression orale. Je cherche des articles sur Internet en rapport avec différentes polémiques qui animent le Maroc d’aujourd’hui, les dilemmes qui règnent dans le pays ou encore les diverses actions entreprises pour son développement. Et je les leur fais lire. Cela leur permet ensuite de débattre sur les sujets. Et pour moi c’est d’un apport intéressant : je me familiarise ainsi avec le contexte, la mentalité et l’actualité du pays.

Comme j’ai pu le constater au cours de mon stage, le travail associatif n’est pas beaucoup mis en valeur au Maroc. En particulier à Tanger il paraît. Les associations n’ont pas de moyens. Alors mes cours sont donnés de façon purement bénévole. Mais ça ne me dérange pas, je passe vraiment du bon temps à faire ceci. Et comme les membres de l’assoc ont quand même voulu me donner quelque chose en contrepartie, ils m’ont proposé de suivre gratuitement les cours d’espagnol également enseignés dans la structure. Je me familiarise ainsi progressivement avec cette nouvelle langue. Cela tombe bien, j’ai prévu de passer quelques jours à Madrid après le Maroc : mon frère fait une année Erasmus là-bas à la rentrée. Une bonne occasion de mettre en application rapidement ce que j’ai appris : il n’y a rien de telle que la pratique pour assimiler au mieux une langue !

 

Après mes cours, je vais souvent à la « Dar el Chebab » (la « Maison des Jeunes »). C’est un local où diverses associations oeuvrent pour l’éducation et l’insertion des jeunes. On y propose chant, danse, théâtre, cours de langues. Je vais en particulier voir l’association Chaoula. Je l’ai connue grâce à Wahiba, une des membres, et surtout une amie formidable que j’ai rencontrée à Tanger. Comme dans les autres assoc, il n’y a pas d’argent. Mais les jeunes qui s’occupent des animations ne se soucient pas trop de cela. Ils croient en ce qu’ils font, ils mettent tout leur cœur à l’ouvrage. Les heures qu’ils passent ici bénévolement ne sont pas un problème pour eux, ils considèrent cela comme un loisir, ils s’investissent corps et âmes pour que ça tourne du mieux possible. Et ça marche ! Les enfants ressentent ce qu’on fait pour eux, et donnent toute leur énergie en retour. Ils chantent de bon cœur, avec des voix magnifiques. Le plaisir qu’ils prennent à entonner les chansons fait vibrer, c’est vraiment beau à voir.

 

En somme, je n’ai pas le temps de m’ennuyer ici : amis, stage, sorties, concerts, activités diverses, il y a toujours quelque chose à faire. Avant mon départ, je souhaitais profiter pleinement de mon séjour à Tanger. Défi réussi !

Par Cécile - Publié dans : cestchouettelemaroc
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