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Vendredi 29 septembre 2006

C’était prévu, c’est arrivé : les touristes sont arrivés par centaines, par milliers cet été. Débarquant du port, au rythme de l’arrivée des ferries. Rejoignant les longues files de véhicules s’engouffrant sur le boulevard Mohammed VI qui longe la côte.

Ces touristes, ce sont en fait pour la plupart des émigrés marocains, les MRE comme on les appelle (les Marocains Résidant à l’Etranger), revenus passer l'été dans leur pays d'origine. Ils arrivent avec de grosses voitures, immatriculées en Allemagne, en Espagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie ou en France. Ils friment un peu au volant de leur bolide de luxe, la musique à plein tube. Le toit surchargé de bagages : des vélos, des frigos, des canapés, etc. Comme si le Maroc était sous-développé, et qu’on ne trouvait pas toutes ces choses là au pays…

 

Alors les chauffeurs de taxi bougonnent : « Les “zmagria” (= émigrés) sont de retour. C'est reparti pour les embouteillages ! ». C’est vrai que pour ça c’est l’enfer. Les artères principales de la ville sont bondées. Les voitures avancent au ralenti. Pendant la période estivale, il faut compter je pense trois à quatre fois plus de temps que pendant le reste de l’année pour faire le même trajet… Les taxis tentent bien de feinter en prenant les raccourcis à droite ou à gauche. Mais à un moment ou à un autre, il faut de toute façon rejoindre les routes engorgées. Essayer de se frayer un passage dans la valse des automobiles. Et le temps gagné quelques minutes plus tôt est perdu à se réengager dans cette circulation bouchée. Alors on assiste à un concert de coups de klaxon et d’automobilistes qui s’engueulent les uns les autres par la vitre de leur voiture. Finalement, faire les trajets à pied est souvent plus rapide.

 

Le soir, la corniche est noire de monde. Récemment, elle a été complètement réaménagée. J’ai vu des photos de l’année passée : rien à voir avec aujourd’hui, l’environnement s’est métamorphosé. Tout ce qui obstruait la vue sur la plage a été détruit. A présent, on a un aperçu panoramique sur toute la Baie de Tanger. Pendant la période estivale, Maroc Télécom a installé une scène sur la plage et organisé des concerts. Chaque soir, un groupe de la région vient s'’y produire. Alors les gens en profitent : ils viennent se promener sur la côte, admirant la mer au son du raï, du gnawa ou du chaābi. Et y flânent jusqu’à une heure tardive de la nuit.

 

Les plages autour de la ville, presque désertes quand je suis arrivée, ne désemplissent pas non plus. Les gens s’entassent les uns sur les autres. Volley, foot, raquettes, ces loisirs de la plage se restreignent, parce que cela dérange tout le monde. Il n’y a pas de place.

Un jour on est allé à Sidi Kankouch. C’est une belle plage, à une dizaine de kilomètres de Tanger. A un moment un mec à côté de nous s’est enflammé avec un autre : « Quoi, t’insulte ma mère ? Vous avez entendu, il insulte ma mère ? Fils de pute ! » (eh oui, c’était des émigrés de France…). Et là, c’est parti dans un délire total : ils ont commencé à se frapper, à frapper tous les gens qui essayaient de les arrêter. Une baston générale, à coup de pieds, à coup de poings. Et même à coup de parasol. Un petit gamin de 5-6 ans à côté de nous, qui jouait tranquillement dans le sable, y a eu droit malgré lui. Le pauvre. Il était traumatisé après… La brigade des plages est intervenue. Course-poursuite sur la plage. Les deux gars qui étaient à l’origine de la bagarre, le visage en sang, se sont fait attraper et passer les menottes. Le plus drôle dans cette histoire, c’est que le marchand de glace a débarqué deux minutes plus tard avec sa camionnette et la petite musique qui va avec. Ca faisait un peu anachronique vu l’atmosphère qui régnait à ce moment-là sur la plage, mais ça a au le mérite de calmer l’ambiance.

Nous on avait commandé un tajine. Par chance il est arrivé après, sinon je crois que le contenu et le contenant auraient volé dans la bagarre !!!

 

En tout cas, cela ne contribue pas à améliorer l’image que se font des émigrés les habitants du bled. Ces “frères de l'étranger”, lorgnés parfois avec envie, suscitent le plus souvent mépris et suspicion. On les regarde avec distance, et on les accuse de donner une image honteuse du pays.

Le Roi de son côté n’envisage pas les choses de cette façon. C’est que l'Etat a tout à gagner avec les MRE : d’après ce qu’on peut lire dans les journaux, ils représentent aujourd’hui la première source de revenu du pays ! Alors toutes les dispositions sont prises pour améliorer leur accueil.

 

 

Depuis un mois les estivants sont repartis, la rentrée scolaire ayant sonnée. Les mêmes voitures qu’au mois de juillet ont réinvesti le Boulevard Mohammed VI, mais en l’empruntant dans l’autre sens. Et nettement moins surchargées de bagages. Direction : le port. Le flux migratoire des émigrés a repris sa route vers l’Europe. Et vers le froid, paraît-il.

 

 

Alors depuis quelques semaines, Tanger est redevenue calme. Enfin “calme” ce n’est peut-être pas le terme le plus approprié. Mais disons que la ville, surpeuplée quelques temps plus tôt, a retrouvé son petit train-train quotidien. Les plages se sont vidées. On peut à nouveau circuler sur le trottoirs sans bousculer tout le monde. Les enfants, cartable sur le dos, ont repris le chemin de l’école…

Par Cécile - Publié dans : cestchouettelemaroc
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